Violences sexistes : la France cible les aires de repos, mais ignore les vrais ressorts du problème

Société

En ce mois d’août 2026, le gouvernement français fait du bruit. Aurore Bergé, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a mis à profit la période des retours de vacances pour lancer une campagne de sensibilisation contre les violences sexistes et sexuelles dans les aires de repos. Une initiative qui marque les esprits. Mais marque-t-elle vraiment le terrain?

Au premier abord, le timing semble pertinent. Les trajets longs, les arrêts impromptus, les espaces peu surveillés : autant de contextes propices aux agressions. Communiquer sur ces risques avant que les Français reprennent la route, c’est du bon sens. Sauf que ce bon sens-là cache une réalité bien plus troublante : celle de la focalisation gouvernementale sur l’exemplarité médiatique au détriment des transformations systémiques.

Un symbole décontextualisé

Cette campagne d’août arrive dans un paysage institutionnel français qui s’est construit sur des promesses répétées et des résultats mitigés. Les plans antiracisme, les stratégies antidiscrimination, les rapports dénonçant l’inaction structurelle : le gouvernement a multiplié les déclarations d’intention depuis le début du mandat. Le site egalite-femmes-hommes.gouv.fr affiche les bonnes paroles, les initiatives locales sont soutenues, les plans nationaux sont lancés avec pompe. Mais sous ces couches de rhétorique s’épaississent des murs invisibles.

Car les chiffres, eux, demeurent éloquents et glaçants. Le système français produit des violences sexistes à grande échelle, souvent normalisées par des institutions qui ont intériorisé le patriarcat. Une campagne d’affichage dans les aires de repos, même bienveillante, ne suffit pas à changer une culture où les femmes sont réduites à des corps vulnérables plutôt que des citoyennes entières.

Espace public, espace privatisé

Ce qui rend cette action particulièrement symbolique, c’est qu’elle cible un espace marginalisé du débat public : une aire de repos n’est pas un lieu où la société se construit, c’est un non-lieu où elle se traverse. Mettre l’accent sur les risques dans ces zones, c’est inverser involontairement la charge : elle repose sur les femmes de circuler, d’être vigilantes, de s’adapter.

La vraie question que le gouvernement fuit encore en 2026 : comment transformer les institutions elles-mêmes pour que la sécurité des femmes ne soit pas une responsabilité individuelle mais un acquis collectif? Comment passer de campagnes ciblées à une refonte des rapports de pouvoir?

Tant que l’État préfère afficher des initiatives localisées plutôt que d’affronter les structures qui perpétuent les inégalités, les femmes continueront d’être invitées à mieux se protéger plutôt que d’être protégées par une société qui les reconnaît enfin.