Le gouvernement français a annoncé un nouveau plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine, adopté le 6 juillet 2026 et couvrant la période 2026-2029. Ce plan d’action énumère 55 mesures axées sur l’éducation et la formation pour renforcer la mémoire liée au racisme et aux autres formes de discrimination. Mais selon les analystes de Human Rights Watch, ce nouvel instrument affiche une ambition bien en deçà des enjeux réels.
Le plan n’aborde pas la question de la nature systémique et institutionnelle du racisme en France. C’est là le cœur du reproche : tandis que la France énumère des mesures éducatives et de sensibilisation, elle esquive l’un des problèmes structurels les plus documentés du pays. Les jeunes hommes perçus comme arabes, noirs ou nord-africains ont quatre fois plus de risques d’être contrôlés par la police. Cette réalité brute, c’est le racisme en action, institutionnalisé, quotidien, indifférent aux bonnes intentions d’un plan trilingue à la Bibliothèque nationale.
Le contraste européen
Le contraste avec l’Europe devient saisissant. En janvier 2026, la Commission européenne a adopté une nouvelle Stratégie de l’UE contre le racisme pour la période 2026-2030, qui vise notamment à améliorer la collecte de données sur l’égalité par les États membres de l’Union européenne, afin de lutter contre le racisme structurel. La France, elle, bloque toujours sur ce point. Le plan français s’engage à « mesurer et débusquer les discriminations pour mieux les combattre », mais ne prévoit pas la mise en place de structures permettant de collecter des données désagrégées sur l’égalité, une technique que la France a qualifié d’inconstitutionnelle. Une contradiction qui en dit long : d’un côté, on clame vouloir « débusquer » les discriminations, de l’autre, on refuse les outils qui permettraient de les voir. C’est la posture française classique : des paroles, des chiffres généraux, des formations, mais pas de vraie transparence sur le qui, le combien, le où.
Les promesses oubliées
Les promesses du passé reviennent hanter le gouvernement. Ce plan ne saisit pas l’occasion de donner suite au discours prononcé en mai 2026 par le président français Emmanuel Macron, lors duquel il a évoqué la nécessité d’aborder la question de réparations liées à l’héritage de l’esclavage en France. Entre mai et juillet, l’élan s’est volatilisé. Le plan misait à peine sur le discours de Macron, alors que la société civile et les représentants des territoires d’outre-mer français avaient évoqué auprès du gouvernement les liens entre l’esclavage et l’héritage colonial, ainsi que la nécessité de mesures de justice réparatrice visant à lutter contre les inégalités systémiques et le racisme contemporains.
La police, ces apprentis-sorciers
Sur la police aussi, le plan trébuche. Le plan prévoit une formation des policiers sur la question du racisme, mais ne tient pas compte la réalité actuelle des pratiques policières discriminatoires, qui continuent d’alimenter la méfiance envers les autorités au sein des groupes touchés à la fois par le profilage racial et les crimes de haine. Donner des formations sur le racisme à des agents qui pratiquent le contrôle au faciès, c’est une forme de déni : on traite le symptôme et non la maladie.
Le diagnostic final de Human Rights Watch est implacable. La France devrait cesser de considérer le racisme comme un problème lié aux préjugés individuels, et reconnaître au contraire que le racisme est systémique et nécessite donc des réponses systémiques. Tant que la France refusera de nommer le racisme comme institutionnel, elle ne pourra pas le combattre à sa racine. Les 55 mesures du plan resteront des pansements sur une plaie qui saigne systémiquement.