Discriminations raciales en santé : l’Assemblée nationale discute tandis que les patients attendent

Santé publique & Discrimination

Un colloque sur les discriminations raciales dans le système de santé s’est déroulé à l’Assemblée nationale le 8 octobre 2026, révélant des enjeux que l’État français prétend ignorer. Convoquées à témoigner, des expertes et des praticiens ont dressé un tableau sans détour : les discriminations en santé ne relèvent pas de quelques pommes pourries, elles sont structurelles. “Le racisme est systémique dans le milieu de la santé. L’institution est raciste et violente”, déclare notamment Capucine Legelle, résumant un constat qui dépasse largement les bonnes intentions affichées par les autorités.

Ce qui frappe dans ce rendez-vous politique, c’est à la fois sa nécessité tardive et son potentiel illusoire. Nécessaire parce que les saisines reçues par le Défenseur des droits témoignent de la persistance et de l’ampleur des discriminations fondées sur l’origine dans la société française, y compris en milieu hospitalier où la vulnérabilité des patients est accrue. Illusoire, car le système cherche à se guérir par une autre dose du même poison : des colloques, des rapports, des recommandations. Chaque fois le même scénario. Chaque fois l’absence de mécanismes contraignants.

Les travaux du colloque donneront lieu à des propositions législatives, promet le communiqué officiel. Mais qu’en résultera-t-il concrètement ? Les retards diagnostiques, les stéréotypes racistes appliqués aux symptômes, les traitements différenciés selon l’apparence et l’origine : ces pratiques ne disparaîtront pas parce qu’on aura prononcé des paroles graves dans un hémicycle. Elles persistent précisément parce qu’elles sont le reflet fidèle d’une institution qui reproduit, à tous les étages, les hiérarchies raciales de la société.

L’illusion thérapeutique

Ce qui caractérise la réponse française aux discriminations systémiques, c’est son talent pour transformer la culpabilité en performance. On crée une semaine de lutte contre la discrimination (plusieurs en ce moment même à Paris). On organise des colloques. On publie des rapports. On redéfinit les stratégies. Pendant ce temps, un patient noir attend encore plus longtemps avant un diagnostic, une femme voilée se voit refuser un traitement, un jeune Maghrébin sort du cabinet médical blessé de remarques graveleuses.

Le concept d’intersectionnalité expose comment diverses discriminations peuvent se greffer les unes aux autres pour se renforcer. Dans un hôpital, une femme noire souffrant d’une maladie grave ne rencontre pas une discrimination simple et gérable. Elle subit une accumulation de biais : raciste, sexiste, peut-être classiste, peut-être liée à son orientation ou son statut. Ces discriminations s’entrelacent, se renforcent mutuellement, rendant les approches partielles complètement inefficaces.

Le vrai problème : l’absence d’obligation

L’Assemblée nationale discute. Des experts partagent des témoignages. Mais où est l’obligation légale qui s’imposerait à chaque établissement de santé de mesurer, de publier, de réduire ses écarts de traitement ? Où sont les audits indépendants réguliers ? Où sont les sanctions ? Où est la responsabilité directe des directeurs d’hôpital en cas de persistance des discriminations ?

La France qui se targue de valeurs universalistes préfère les débats aux actes. Elle médite sur le problème plutôt que de l’éradiquer. Et les victimes, entre-temps, continuent de payer le prix de cette complaisance institutionnelle. Chaque colloque est une nouvelle preuve que le système reconnaît le mal sans se contraindre à le guérir.