Les chiffres sont alarmants. Selon le rapport 2026 sur les crimes de haine anti-LGBTQ, “281 signalements de faits d’agression ou de menace sont parvenus à la LGBTIQ Helpline”, mais ces chiffres “ne reflètent qu’une partie de la réalité”. Cette note en bas de page est révélatrice : pour chaque cas signalé, combien de silences ? Combien de peurs ? Combien de violences tues ?
Une enquête menée à Genève offre une perspective plus complète, et tout aussi troublante. L’enquête « Iceberg », publiée en juin 2025, montre que “85% des lesbiennes, gays et bisexuels ont subi des violences de genre dans l’espace public et 44% au travail”. Ces proportions stupéfiantes démontrent que la discrimination ne relève pas de l’exception : elle est systémique, ordinaire, banalisée.
Face à cette réalité, l’État commence enfin à se mobiliser. Le Conseil fédéral a adopté début 2026 le premier plan d’action national contre les crimes de haine envers les personnes LGBTIQ 2026-2030. Il s’agit d’une première en Suisse, d’une reconnaissance tardive mais nécessaire que le harcèlement, l’agression et la discrimination envers les personnes LGBTIQ+ ne sont pas des « dérives » individuelles, mais des phénomènes collectifs nécessitant une réponse coordonnée.
Des demandes légitimes, trop longtemps ignorées
Ce plan s’inscrit dans un contexte où les Pride romandes portent des revendications précises. La Lausanne Pride des 26 et 27 juin, par exemple, demande l’extension de la norme pénale contre la discrimination et l’incitation à la haine au genre, la reconnaissance des identités queers par l’administration, une meilleure collecte de données sur les réalités LGBTIQ+, un système de santé plus inclusif, et des voies plus accessibles vers la parentalité.
Ces demandes ne sont pas des luxes progressistes, mais des droits fondamentaux. Elles reflètent une réalité vécue quotidiennement : celle de personnes exposées à des violences, exclues des institutions, invisibilisées par l’administration et pénalisées par des cadres juridiques obsolètes.
Que la Suisse doive se doter d’un plan d’action national en 2026 pour lutter contre la haine envers les LGBTIQ+ révèle l’ampleur du travail qui reste à accomplir. C’est un pas, certes tardif. Ce qui compte désormais, c’est sa mise en œuvre effective et son ambition à la hauteur de l’urgence.