Quelques jours avant la fin de l’été, Genève accueillait un événement discret mais révélateur. Un colloque rassemblant chercheurs de Zurich et de Genève sous le titre « Masculinités en question : Regards croisés Zurich-Genève » s’est déroulé le 28 août. Ce type de rencontre académique pourrait passer pour anecdotique. Or, il cristallise une réalité que la Suisse romande peine encore à nommer clairement : les transformations que notre société réclame ne passent pas par une culpabilisation des hommes, mais par une déconstruction urgente des rapports de pouvoir qui alimentent les inégalités.
La Suisse romande a un train de retard. Pendant que la France publiait en janvier 2026 un rapport alertant sur la menace masculiniste et proposant des pistes pour lutter contre une idéologie haineuse vis-à-vis des femmes qui imprègne peu à peu la société, nos cantons restaient silencieux. Le colloque de Genève arrive donc comme une brèche. Pas assez, certes, mais une brèche quand même.
Genève législatrice, mais vigilance insuffisante
Le canton genevois s’était doté en 2023 d’une avancée législative : la loi sectorielle LED-Genre précise les dispositions visant la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre les violences et les discriminations fondées sur le sexe, l’orientation affective et sexuelle, l’identité de genre et l’expression de genre. Première loi de ce type en Suisse, elle consacre le rôle pionnier de Genève.
Cependant, une loi sans conscience collective ne transforme que partiellement les réalités du terrain. Les violences sexistes persistent, les écarts salariaux demeurent, et surtout, aucune réflexion systémique sur la masculinité elle-même n’a vraiment eu lieu dans le débat public romand. C’est précisément ce que le colloque tentait d’entreprendre : déplier la question qui fait peur, celle qui range les hommes dans le rôle de vilains ou de bénéficiaires passifs du système.
Une fenêtre fragile
La Suisse romande demeure fragmentée sur ces questions. La Suisse ne possède pas de loi générale contre la discrimination, contrairement à l’Union Européenne, bien qu’elle possède des dispositions juridiques relevant du droit constitutionnel, du droit pénal et du droit privé qui permettent de régler certaines situations de discrimination. Pendant ce temps, à Bruxelles, la Commission européenne a présenté une stratégie de lutte contre le racisme sous toutes ses formes et près de deux citoyens sur trois considèrent toujours la discrimination raciale comme un problème répandu dans leur pays.
Le colloque de Genève ne suffira pas. Mais il confirme que la vraie discussion commence : celle sur les fondements patriarcaux des violences, des inégalités et des malaises qui traverse nos sociétés. Une loi sur l’égalité contre le racisme est en cours d’élaboration, tout comme un projet sur l’égalité et les droits des personnes en situation de handicap. La question n’est plus de savoir s’il faut légiférer, mais si nous réussirons à transformer les consciences en même temps que les textes.