25 novembre : la grève féministe face au silence complice des institutions

Féminisme et justice sociale

Le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination des violences à l’encontre des femmes, sera marquée par un appel massif à la grève féministe. Cette mobilisation dépasse la simple commémoration : elle cristallise la rage face au décalage croissant entre les paroles des gouvernements et la réalité des vies de millions de femmes en Europe.

Derrière les engagements affichés, l’inaction structurelle

La France se targue d’une prise de conscience politique, avec un Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations lancé en 2023. Pourtant, selon les constats officiels du Défenseur des droits, ce plan accumule les retards et plusieurs mesures prévues ne seront pas abouties d’ici 2026. Plus grave : ces approches fragmentées, sectorialisées, échouent à saisir les discriminations dans leur dimension systémique, particulièrement celles touchant les femmes. L’égalité salariale en reste le symptôme le plus visible. Alors que les États européens adoptent des directives et signent des déclarations d’intention, les écarts se maintiennent : selon les dernières données de l’UE, il faut attendre le Luxembourg pour voir les femmes mieux payées que les hommes.

En France, le gouvernement promet depuis des mois de transposer la directive européenne sur la transparence salariale, présenté comme un tournant avant la présidentielle de 2027. Le débat à l’Assemblée nationale est repoussé à l’automne. Pendant ce temps, les organisatrices de la grève féministe du 25 novembre documentent l’impasse : les violences sexistes et sexuelles persistent à une échelle qui devrait faire scandale, mais qui demeure largement banalisée. Pire, les ressorts institutionnels censés les combattre se calcifient. Quand le gouvernement abandonne la recherche sur les discriminations ou minore le racisme et le sexisme dans les algorithmes de recrutement, il envoie un signal clair : ce problème n’est pas une priorité politique.

Un mouvement européen porteur de rupture

Cette grève féministe se déploie dans un contexte où les mobilisations traversent l’Europe. De Paris à Berlin, de Madrid à Rome, une jeunesse et des travailleurs descendent dans la rue face à l’austérité, aux inégalités qui se creusent et à la dégradation des services publics. Logement inabordable, pouvoir d’achat en berne, avenir bouché : le cocktail explosif des inégalités sociales s’étend du sud au nord, de l’est à l’ouest du continent. Ces mobilisations révèlent une fracture que les politiques institutionnelles du « progrès social » prétendent résoudre sans jamais la questionner vraiment.

La grève du 25 novembre ne disparaît pas dans cette marée globale : elle l’intensifie en y injectant une exigence féministe non négociable. Les organisations signataires de l’appel commun soulignent que les femmes subissent les guerres, les conflits, les répressions des régimes autoritaires, à travers les viols de guerre, les mariages forcés, la traite. En Europe même, elles pâtissent davantage de la précarité, des restrictions d’accès aux droits, de la violence d’État. Cette grève affirme que l’égalité n’est pas un acquis à polir, mais un combat à mener en rupture avec une machine institutionnelle devenue otage des intérêts capitalistes.

L’appel à la convergence contre l’isolement imposé

Une leçon traverse toutes ces mobilisations : les mouvements fragmentés par pays, par secteur, par catégorie restent vulnérables. Le capital opère à l’échelle internationale, coordonné et sans concession. Les travailleurs et les femmes, compartimentés par les frontières, la langue, la culture, demeurent isolés. La grève féministe du 25 novembre représente une tentative de briser cet isolement. Elle refuse de compartimenter les luttes : l’égalité salariale des femmes, la protection contre les violences, l’accès au travail dignement rémunéré, tout cela forme un bloc indivisible qu’aucune directive ou accord de principe ne pourra désintégrer.

Face à cette mobilisation, les institutions ne réagiront que si elles y sont contraintes. La grève du 25 novembre est un de ces moments où le rapport de force bascule, où ceux et celles qui subissent les violences du système osent dire non non pas par des pétitions, mais par l’arrêt collectif du travail. C’est là que réside son pouvoir : pas dans la reconnaissance institutionnelle, toujours tardive et partielle, mais dans l’affirmation que les femmes sont capables de paralyser le fonctionnement normal d’un système qui les opprime.