Jeunesse, discriminations : le rapport accablant qui dénonce les murs invisibles

Société

Un scénario se répète mille fois : une jeune fille dépose sa candidature pour une formation, un jeune homme cherche un logement, un enfant frappe à la porte d’une piscine. Derrière chaque refus, pas toujours explicite, une mécanique rouillée d’exclusion. Une partie de la jeunesse se heurte à des murs invisibles mais bien réels, du collège au premier emploi, du logement aux relations avec la police, documente le rapport de la Défenseure des droits sur les jeunesses et discriminations fondées sur l’origine.

Ce qu’on appelle pudiquement « l’égalité des chances » s’avère une belle promesse sans corps. 16 485 atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux ont été enregistrées en 2025, avec une augmentation de 5% des crimes et délits de cette nature par rapport à 2024. La courbe monte. Les murs se renforcent.

L’exclusion, d’apparence systémique

Le rapport remonte aux sources invisibles de cette discrimination. Il y a des effets en cascade sur l’accès à la formation, à l’emploi, aux soins, et plus largement à la vie sociale. Derrière le « dossier pas assez solide », il y a souvent un nom, une adresse ou une apparence qui déclenche la mise à l’écart. C’est cela, la discrimination de marché : elle parle rarement explicitement. Elle murmure.

Les domaines touchés vont bien au-delà du classique débat public. Le rapport explore aussi des domaines souvent moins visibles : parcours de soins, accès aux loisirs, activités sportives, culture et musées, services numériques. Dans la santé, les discriminations surgissent dès l’accès aux soins et apparaissent aussi dans la prise en charge, avec des attitudes ou décisions marquées par des stéréotypes sur l’origine, la langue, la religion.

Et puis il y a cette violence des petits refus accumulés. Dans les loisirs et le sport, la Défenseure des droits relève des pratiques de tri à l’entrée, des refus, des remarques humiliantes qui participent à construire un sentiment d’exclusion des espaces de sociabilité des jeunes. C’est une exclusion qui se construit au quotidien, dans les regards, dans les procédures d’accès, dans les « non » qui ne s’expliquent jamais.

L’oubli des droits en cascade

Il y a une couche supplémentaire à ce dysfonctionnement. Le rapport relève un non-recours massif des jeunes à leurs droits, notamment en matière de discrimination dans l’emploi, et une très faible proportion de saisines des 15‑26 ans auprès de la Défenseure des droits. Les jeunes victimes ne saisissent pas les institutions censées les protéger. Pourquoi ? Parce qu’elles ne les connaissent pas, parce qu’elles en doutent, parce qu’elles ont compris que se battre coûte trop cher.

Et contrairement à ce qu’aiment croire les politiques, la lutte contre les discriminations ne se résout pas par une belle campagne morale. La lutte contre les discriminations ne peut être réduite à des interventions moralisantes. Elle suppose une approche systémique : interroger les règles d’admission, les procédures internes, les modes de sélection, les partenariats avec d’autres acteurs (écoles, bailleurs, associations, entreprises), les indicateurs utilisés pour évaluer les dispositifs.

C’est à ce niveau que le rapport agit comme un miroir brutalement honnête. Il ne dit pas que la discrimination ne se combat que par des discours ou des sensibilisations. Il dit que les structures elles-mêmes, les procédures, les pratiques, les critères invisibles de sélection, il faut les éplucher, les réécrire, les réinventer. Et c’est laborieux. C’est politique.

Pendant ce temps, les jeunes continuent d’encaisser les refus quotidiens qui fragmentent leurs possibles et racontent une version française de l’égalité des chances : celle où vous êtes libre de réussir, à condition d’être né du bon côté.