La Suisse a amélioré son classement dans l’indice Women in Work 2026, passant de la 21e à la 20e place. Un progrès cosmétique qui masque une réalité plus crue : l’écart salarial entre les sexes reste élevé, à 17,4 %, et a même légèrement augmenté par rapport à l’année précédente. Tandis que les discours politiques célèbrent des classements, les femmes continuent de percevoir sensiblement moins pour le même travail, année après année.
Le temps partiel comme fausse solution
Le diagnostic du dernier rapport PwC est impitoyable : la proportion de femmes occupant un emploi à temps plein a diminué, passant de 60,7 % à 59,2 %. Derrière la hausse affichée du taux d’activité féminin se cache une fragmentation croissante du travail des femmes. Davantage se retrouvent en emploi, certes, mais en horaires réduits, réduisant leurs revenus et leur autonomie financière. Les femmes continuent de faire face à des défis considérables, tels que des services de garde d’enfants limités et coûteux, alors qu’elles assument la majeure partie des responsabilités en matière de soins.
Bien au-dessus de la moyenne de l’OCDE
Avec un écart salarial de 17,4%, la Suisse se situe nettement au-dessus de la moyenne de l’OCDE (12,4%). C’est dire si la Suisse traîne. Alors qu’en Islande des congés parentaux généreux et une culture du travail favorable à la famille sont cités comme facteurs de succès, la Suisse romande, elle, n’a rien engagé de structural pour redéfinir le partage des responsabilités. Les politiques restent basées sur une vision où la carrière des femmes est optionnelle.
La loi existe, l’application attend
Sur le papier, des lois existent. Le principe constitutionnel « à travail de valeur égale, salaire égal », n’est toujours pas tenu, malgré le fait qu’il a été ancré dans la Constitution fédérale il y a quarante ans. La loi sur l’égalité a été révisée en 2020. Puis quoi ? Le Conseil des États refuse de supprimer la clause de caducité sur l’analyse salariale. Travail.Suisse déplore ce choix qui maintient une lacune clé de la révision 2020. Les parlementaires suisses ont préféré ne pas vraiment mesurer, pour ne pas vraiment agir.
Pendant ce temps, les femmes gagnent en moyenne 717 francs de moins chaque mois que leurs collègues masculins pour le même travail. Rapporté sur une vie entière de travail, c’est un vol légal systématisé, dont personne au sommet n’entend vraiment débattre.
Pendant que la France sanctionne, la Suisse range
En France, on a du moins mis en place des mécanismes punitifs : à partir de 2026, les sanctions liées à l’Index de l’égalité professionnelle sont appliquées plus strictement. Une entreprise qui ne publie pas ses indicateurs, ou dont la note reste inférieure à 75 points pendant trois années consécutives sans mesures correctives efficaces, s’expose à une pénalité pouvant atteindre 1 % de la masse salariale. Des dents dans la loi. La Suisse, elle, préfère des classements dans des indices. Des places qu’on gagne ou qu’on perd au gré des arrondis statistiques, tandis que l’injustice salariale se reconstitue imperturbablement chaque mois.
Les inégalités salariales entre femmes et hommes s’accentuent, mais dans l’ensemble, la Suisse reste stable en matière d’égalité sur le marché du travail, affirme l’indice. C’est là tout le sophisme : on mesure une dégradation tout en la qualifiant de stabilité. On gagne une place de classement pendant que l’écart de salaire se creuse. On accélère légèrement le taux d’emploi féminin en le fragmentant en temps partiel. Et puis on appelle ça du progrès.