Égalité professionnelle en 2026 : la France et la Suisse font semblant, les femmes trinquent
Les chiffres sont sans équivoque : en France, 49 % des femmes déclarent avoir vécu du sexisme ou des discriminations liées à leur genre au travail selon le rapport 2026 du Haut-Conseil à l’Égalité. En Suisse, la situation n’est guère meilleure. L’écart salarial entre les sexes s’établit à 17,4 %, contre 17,2 % l’année précédente, et la proportion de femmes occupant un emploi à plein temps a baissé, passant de 60,7 % à 59,2 %. Deux pays, deux cadres légaux, un même résultat : l’égalité professionnelle reste un trompe-l’oeil.
Cette stagnation, voire cette aggravation, intervient pourtant alors que les deux pays affichent des ambitions affichées. La France multiplie les dispositifs : index d’égalité professionnelle, quotas pour les cadres dirigeants, directives de transparence salariale. Depuis le 1er mars 2026, les entreprises d’au moins 1 000 salariés doivent compter au moins 30 % de chaque sexe parmi leurs cadres dirigeants et instances dirigeantes. Mais entre la loi sur le papier et sa mise en œuvre, le fossé demeure abyssal.
Des obligations sans dents
Aucune sanction financière n’est appliquée pour 2026, mais elle deviendra effective en cas de non-conformité persistante après 2029. Autrement dit, les entreprises ont encore trois ans pour prétendre s’y conformer sans vraiment y être contraintes. Cette temporalité molle révèle une loi destinée à rassurer davantage qu’à transformer. En France, les femmes disposent de 9 heures de temps libre en moins par semaine par rapport aux hommes, une charge de travail domestique qui reste normalisée par les stéréotypes et qui sabote directement les carrières féminines.
En Suisse, l’approche volontariste n’a pas mieux fonctionné. Malgré trois décennies de loi sur l’égalité, la Suisse demeure prisonnière de ses structures patrimoniales. Les experts de PwC soulignent que les femmes font face à des défis comme des services de garde d’enfants limités et coûteux. Les infrastructures de conciliation entre vie professionnelle et familiale restent inexistantes, ce qui a pour effet pervers de reconduire un modèle où les femmes choisissent (ou sont forcées de choisir) le travail à temps partiel.
Une responsabilité collective qu’on ne veut pas prendre
Les bas et moyens revenus s’appauvrissent en Suisse depuis dix ans, alors que les plus riches voient leurs salaires augmenter ; les femmes sont particulièrement affectées par cette perte de pouvoir d’achat. Cette réalité rappelle que l’égalité n’est pas une question technique à résoudre par des indices ou des quotas : c’est une question de redistribution et de pouvoir.
La vraie question que ni la France ni la Suisse ne se posent est celle-ci : sommes-nous prêtes à imaginer un système économique qui reconnaisse le travail domestique ? À investir massivement dans les services collectifs ? À limiter les heures de travail ? À remettre en cause le modèle selon lequel les femmes sont censées faire le travail gratuit qui permet aux entreprises d’économiser sur les services à la personne ?
Les deux pays préfèrent les pansements : des lois molles, des délais élastiques, des rapports alarmants qu’on consulte une fois avant de les oublier. Pendant ce temps, à l’échelle mondiale, les femmes assurent 55 % du temps de travail total mais ne perçoivent que 28 % des revenus. L’égalité professionnelle en 2026, c’est une promesse sans fin : toujours annoncée, jamais livrée.