Les chiffres qui viennent de tomber ne laissent pas de place à l’équivoque. 16 485 atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux ont été enregistrées en 2025, avec une augmentation de 5% des crimes et délits de cette nature par rapport à 2024. Une progression qui s’ajoute à une tendance lourde depuis des années : celle d’un État français qui documente méthodiquement les discriminations tout en se contentant de langage de bois.
Ceux qui suivent l’actualité des droits fondamentaux reconnaissent le pattern. Chaque année, les chiffres s’accumulent. Le ministère de l’Intérieur a recensé 4 800 infractions anti-LGBT+ en 2024, tous actes confondus. Ces données brutes circulent, souvent rapportées par des médias, puis absorbées dans un silence bureaucratique où elles finissent par alimenter des rapports que presque personne ne lit.
Des plans nationaux sans mordant
Entre-temps, la France s’apprête à mettre en place un Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine (2026-2029) et un Plan national pour l’égalité, contre la haine et les discriminations anti-LGBTI+ (2026-2029). De quoi se donner bonne conscience, le tout accompagné de communiqués de presse et de discours ministériels sur l’engagement de la République.
Or, ce qui caractérise ces instruments, c’est leur décalage avec la réalité constatée. La Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) a publié un avis critique sur le plan national pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+ pour 2023-2026, jugeant sa mise en œuvre “décevante”, et formule 127 recommandations pour le Plan 2026-2029. Cent vingt-sept recommandations pour un instrument qui a échoué : voilà qui résume assez bien le problème.
Les discriminations structurelles restent invisibilisées
Le harcèlement sexuel, l’exclusion économique, les algorithmes qui perpétuent les inégalités, ces violences quotidiennes qui fragmentent les vies ne sont jamais traitées avec l’urgence qu’elles méritent. La Défenseure des droits a constaté l’existence d’un harcèlement sexuel et d’un harcèlement discriminatoire intersectionnel, fondé sur trois critères indissociables : le sexe, l’origine et la particulière vulnérabilité de la réclamante, résultant de sa situation économique, dans un cas examiné en septembre 2025. Mais l’exception saisie par la Défenseure des droits ne change rien aux structures qui permettent ces violences de se reproduire en silence.
Pendant ce temps, le débat politique français s’enlise dans des querelles de rhétorique. On débat de « wokisme », de « cancel culture », de la manière « d’aller trop loin » dans la dénonciation des inégalités, comme si le simple énoncé du problème était le vrai scandale. L’augmentation enregistrée de 5 % des actes racistes et discriminatoires, elle, reste largement ignorée des grandes tribunes.
C’est ce cycle qu’ActuWoke se refuse à laisser passer inaperçu : un État qui mesure, qui prommet, qui affiche, mais qui, au final, accepte que les violences systémiques se perpétuent. Tant que ce déni perdure, aucun plan, aucune stratégie, aucune recommandation ne suffira.