Le signal aurait pu passer inaperçu : la décision du CNRS de retirer les thématiques sur l’égalité femmes-hommes, les inégalités et les discriminations de ses priorités de recherche. Mais c’est précisément ce qui rend le moment intenable. Cet abandon survient à un moment crucial où le gouvernement affiche de fortes ambitions en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, le racisme et l’antisémitisme, et contredit frontalement les plans d’action nationaux qui prônent un soutien accru à la recherche dans ces domaines.
La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) ne s’y est pas trompée. Elle a immédiatement interpellé l’exécutif : comment bâtir une stratégie crédible de lutte contre les inégalités quand on supprime précisément les outils qui permettent d’en comprendre les mécanismes ? La CNCDH rappelle enfin que la défense de l’égalité nécessite impérativement la mise en lumière et l’étude scientifique des mécanismes d’injustice et de discrimination par les chercheurs en sciences humaines et sociales.
La farce des annonces sans moyen
Cette tension révèle un fossé croissant entre le discours et la réalité : le gouvernement proclame son engagement envers l’égalité tout en désarmant la recherche, cette arme majeure qui permet de documenter, d’analyser et de combattre les discriminations. Sans travaux scientifiques robustes sur les inégalités de classe, de genre, de race, c’est autant de points aveugles qui affaiblissent les politiques publiques censées y répondre.
Le timing est particulièrement symptomatique. Au moment où les mouvements sociaux dénoncent l’amplification des biais systémiques (notamment par les algorithmes), où les chiffres sur les écarts salariaux, les ségrégations raciales et le harcèlement sexuel continuent de s’aggraver, couper le financement de la recherche sur ces mêmes enjeux revient à choisir l’aveuglement volontaire. C’est renoncer à l’intelligence collective dont nos sociétés auraient besoin.
La CNCDH le dit sans détour : défendre l’égalité, ce n’est pas seulement voter des lois ou déclarer des intentions généreuses. C’est aussi créer les conditions pour que chercheurs et chercheuses puissent investiguer, critiquer, proposer. La déprogrammation du CNRS marque un recul dangereux, un retour à la stratégie de l’autruche au moment où la lucidité serait la plus utile.