Forum de l’UNESCO contre le racisme : quand les promesses diplomatiques font écran aux carnages du réel

Politique

Les 29 et 30 octobre, le World Forum The Hague accueille le 5e Forum mondial de l’UNESCO contre le racisme et les discriminations. En amont, mercredi dernier, une Masterclass réunissait experts et décideurs autour de la « Mémoire et avenir de la paix ». Même scène, mêmes intentions proclamées. Or, pendant que les diplomates échangent leurs bonnes pratiques, la réalité refuse d’attendre les résolutions officielles.

Le 23 octobre, à Trappes et La Verrière, la rage raciste tue Pengo Bossio Wangi, 26 ans, noir, ciblé pour son apparence. Cinq personnes blessées. Une enfant de douze ans en urgence absolue. L’auteur ne cache rien : « venger les commerçants » en s’en prenant « aux Noirs et aux Arabes ». Trois jours plus tard, les places publiques françaises scandent l’horreur. Le récit est connu. Le diagnostic s’accumule depuis des années dans les tiroirs des ministères.

L’illusion du dialogue sans transformation

Même cette semaine, Paris célèbre sa 10e édition de Semaine de lutte contre les discriminations. Ateliers, débats, expositions anti-racistes. À Genève, le Bureau de promotion de l’égalité et de prévention des violences publie son guide actualisé sur les inégalités salariales en cette année commémorant 30 ans de la loi fédérale sur l’égalité. La machine institutionnelle tourne. Elle produit des chartes, des guides, des déclarations. Elle ne produit pas la cesser-le-feu face au racisme banal qui tue chaque jour des gens dans les rues.

Le Forum de l’UNESCO s’inscrit dans ce cycle ritualisé : chaque année, énoncés de grands principes ; chaque année, des chiffres immuables rappellent que rien ne bouge. Les femmes gagnent structurellement moins. Les personnes racisées subissent un chômage plus élevé, une précarité accrue, de pires conditions de logement et une exposition disproportionnée aux contrôles policiers. Les algorithmes recruteurs automatisent les discriminations. Ces données circulent dans les rapports officiels comme une litanie. Elles ne changeront rien aux décisions des états-majors politiques.

Quand l’État confie ses obligations aux symboles

L’écart entre ces deux mondes, celui des forums diplomatiques et celui des chambres d’hôpital où gisent les victimes de violences racistes, n’est pas un bug. C’est l’architecture même du système. Accorder des moyens symboliques à la « sensibilisation » permet de proclamer son engagement tout en préservant les structures qui produisent les discriminations. Les guides techniques pour les employeurs. Les ateliers jeunesse. Les expositions sur l’histoire partagée : tout cela apaise les consciences progressistes sans déranger les rapports de pouvoir qui enrichissent quelques-uns au détriment de millions d’autres.

Pendant ce temps, les plus vulnérables savent qu’ils n’ont droit qu’à la parole des autres, qu’aux colloques trop tard, qu’aux déclarations post-mortem. Il y a une violence froide dans ce décalage : celle d’une classe politique qui confie à des cérémonies et à des papiers sa responsabilité de transformation réelle. Les Forums mondiaux ne tuent personne. Ils ne sauvent rien non plus.

La question qui devrait traverser les débats de La Haye cette fin octobre n’est pas « comment dialoguer davantage ». C’est : pourquoi, après des décennies de « lutte contre les discriminations », les discriminations restent systémiques, profitables et meurtrières ?