Islamophobie en forte hausse : la Suisse et la France nient le problème

Société

L’hostilité envers les musulmans et l’islam enregistre la plus forte progression en Suisse, passant de 17 % en 2024 à 23 % en 2025. Même tableau de côté français, où 326 actes antimusulmans ont été comptabilisés en 2025, soit une hausse de 88 % par rapport à 2024. Ces chiffres ne sont pas des statistiques abstraites : ils mesurent une réalité vécue, subie, à la fois invisible dans le débat public et explosive dans les vécus des communautés musulmanes.

Une montée irrépressible, un silence gouvernemental

Sur deux pays affichant pourtant une façade de progressisme démocratique, le contraste est saisissant. Tandis que l’armée suisse met en œuvre la moitié de son plan en seize points contre la discrimination et la violence sexualisée, nul plan comparable, nul élan politique comparable pour s’attaquer à l’islamophobie en tant que menace systémique. En France, le même vide gouvernemental persiste : des plans sur le papier pour l’égalité et contre les discriminations coexistent avec une croissance vertigineuse des violences antimusulmanes.

Pourquoi cette indifférence politique face à une progression de cette ampleur ? Parce qu’en 2026, faire face au racisme envers les musulmans supposerait d’interroger non seulement l’extrémisme de façade, mais aussi les politiques d’intégration, de sécurité, et les narrations dominantes autour de l’islam que tant de gouvernants cautionnent ou exploitent pour renforcer leur base électorale.

Au-delà de l’État : l’islamophobie comme fait social accepté

Ces augmentations spectaculaires de l’hostilité envers les musulmans ne surgissent pas de nulle part. Elles reflètent l’absence d’une véritable culture de l’égalité, capable de transformer non seulement les lois mais les mentalités. Quand en Suisse une nouvelle mesure de sensibilisation doit parcourir des étapes administratives infinies, et qu’en France aucune stratégie gouvernementale de fond n’adresse frontalement le racisme antimusulman, c’est l’ensemble du système qui signale : cette discrimination est socialement tolérable.

Pire encore, elle reste largement invisible. Les médias et les responsables politiques parlent peu de ces 326 actes, peu de cette progression de 23 %. Le sujet ne fait pas la une. Il ne catalyse pas les énergies des gouvernements. Pendant ce temps, les femmes en hijab, les jeunes musulmans, les immigrants de confession musulmane vivent quotidiennement dans une atmosphère de rejet croissant, dont les structures officielles nient même l’existence.

L’urgence d’une vraie rupture

La Suisse et la France affichent tous deux des prétentions à la justice sociale, à l’inclusion, à l’égalité. Mais ces prétentions restent vides tant qu’aucun plan d’action ambitieux, aucune mobilisation publique, aucun discours gouvernemental clair ne s’attaque à l’une des formes les plus croissantes d’ostracisme sur leur territoire. Tant que l’islamophobie demeure le parent pauvre des politiques antidiscrimination, elle continuera de s’enraciner, d’un quart à l’autre, d’une année à l’autre. L’indifférence politique n’est pas neutral : c’est un choix, et ses conséquences pèsent sur ceux et celles qui subissent l’hostilité.