Un silence gênant entoure une réalité médicale française qu’on ne nomme pas assez : le racisme systémique du secteur de la santé envers les personnes noires. Le 30 septembre dernier, chercheurs, militants et acteurs de la société civile se sont réunis à l’Assemblée nationale pour une première séance fondatrice. L’objectif, enfin : mettre des mots précis sur cette forme de discrimination trop longtemps ignorée du débat public.
Des biais enracinés dans la formation médicale
Cette initiative intervient dans un contexte français où les inégalités discriminatoires persistent dans tous les domaines, y compris la santé. Des retards diagnostiques, des stéréotypes profonds, une prise en charge inégale : ce sont les mécanismes par lesquels les patients noirs sont confrontés à des obstacles systémiques chaque jour dans les hôpitaux et cliniques.
Le phénomène n’est pas nouveau. Les spécialistes le savent : ces discriminations s’enracinent dans les formations médicales insuffisantes sur ces questions, dans les préjugés culturels cristallisés au fil des décennies, et dans l’absence de collecte de données fiables permettant de mesurer l’ampleur du problème. Comment traiter ce qu’on refuse de documenter ?
Une bataille pour la reconnaissance institutionnelle
La France, contrairement à d’autres pays occidentaux, n’a jamais vraiment nommé ce racisme médical. Il y a comme une dénégation officielle : les politiques de santé publique l’ignorent superbement, les protocoles de formation des médecins ne l’abordent pas, et les victimes de ces discriminations restent largement isolées dans leurs combats individuels.
Cette première séance fondatrice change quelque chose : elle rompt le silence. Elle signale que le problème n’existe plus seulement dans les vécus individuels des patients, mais qu’il devient objet de recherche, de mobilisation collective et de demande de reconnaissance institutionnelle.
Un système qui continue d’ignorer ce qu’il ne veut pas voir
Pendant ce temps, ailleurs en Europe, la Suisse multiplie les alertes sur les biais systémiques des algorithmes utilisés dans les décisions médicales et bancaires. La France elle-même reconnaît que des discriminations touchent l’emploi, le logement, le recrutement. Mais la santé, cet espace supposé neutre et universel ? Elle demeure un angle mort.
Pourtant, les inégalités de santé suivent la logique des inégalités sociales globales : elles se superposent à des structures de pouvoir, de classe et de domination. Un patient noir n’accède pas aux mêmes délais de diagnostic, aux mêmes traitements, à la même qualité d’écoute qu’un patient blanc. Ce n’est pas une question de « ressenti » : c’est inscrit dans les structures.
Le début d’un combat long
Cette réunion du 30 septembre marque un tournant symbolique. Elle dit que la France doit enfin regarder en face cette réalité qu’elle a trop longtemps refusée de nommer. Les militants et chercheurs réunis envoient un signal clair : le racisme médical ne disparaîtra pas par l’indifférence institutionnelle. Il demande de la reconnaissance, de la formation, de la responsabilité.
Reste à voir si l’État français transformera ces paroles en politiques concrètes. Car nommer est un premier pas. Mais agir en exige un second.