L’UE prépare ses «conclusions» antiracisme: encore un spectacle sans mordant

Politique

Depuis lundi, les représentants permanents des États membres préparent des conclusions sur la lutte contre le racisme à présenter aux ministres de la justice le 2 octobre. Théâtralement timed, comme toujours: assez tard pour faire les gros titres, assez vague pour ne déranger personne.

Le cinéma habituel des «mesures concrètes»

Ces conclusions sont censées «adresser les dommages que le racisme et les formes connexes de haine et de discrimination causent aux individus et aux sociétés» et identifier des «réponses prioritaires». C’est beau sur le papier. Dans la pratique, c’est le même jeu depuis des années : on reconnaît solennellement la crise, on propose des «cadres de travail», on invite à des «échanges de points de vue» en présence de la directrice de l’Agence des droits fondamentaux de l’UE, et puis rien de vraiment contraignant ne change.

Human Rights Watch l’a déjà démontré avec le plan antiracisme français de juillet 2026. Macron annonce 55 mesures contre le racisme, l’antisémitisme et la discrimination. Magnifique. Sauf que le plan échoue à s’attaquer à la nature systémique et institutionnelle du racisme en France. Pendant ce temps, les crimes et délits à caractère raciste, xénophobe, antisémite ou antirreligieux ont augmenté de 32 pour cent en 2023 par rapport à 2022.

La Suisse comme miroir des promesses creuses

En Suisse, on retrouve la même arrogance. Le Conseil fédéral a adopté en décembre sa première stratégie nationale contre le racisme et l’antisémitisme, couvrant 2026 à 2031. Stratégie historique, brandie comme une victoire. Sauf qu’il n’existe toujours pas de législation générale contre la discrimination, rapporte la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance du Conseil de l’Europe. Et le soutien aux victimes LGBTI discriminées ? Inexistant. La Suisse reconnaît enfin le problème et crée une stratégie, mais continue d’ignorer la structure même qui le produit.

Sur le terrain, les chiffres crient ce que Berne murmure : environ une personne sur six en Suisse a vécu une discrimination raciale au cours des cinq dernières années. Dans le secteur éducatif, les cas signalés s’accumulent. La police continue ses contrôles au faciès et ses profilages raciaux, même après le scandale de Lausanne en septembre 2025, où huit policiers ont été suspendus pour messages discriminatoires. Les conseils d’aide aux victimes du racisme supplient depuis des années pour obtenir plus de financement et de personnel. Rien. Pas de dents.

Pourquoi ces conclusions changeront-elles quelque chose?

Les conclusions du 2 octobre suivront le même chemin : elles dresseront un bilan, déploieront du vocabulaire d’urgence, inviteront les États à «discuter de mesures juridiques ou politiques concrètes» qui pourraient s’ajouter aux «outils européens existants». Traduction : on prépare à préparer, on crée des groupes de travail sur les groupes de travail. Pendant ce temps, le racisme ne prend pas de congé.

Ce qui manque n’est ni l’analyse, ni la conscience rhétorique. C’est le courage politique d’attaquer les vrais mécanismes : l’absence de données ethniques fiables pour mesurer les inégalités, le pouvoir discrétionnaire des policiers sans recours indépendant, l’intégration des migrants qui ignore les barrières systémiques, la présence de discours de haine normalisés dans la politique et les médias.

L’UE et la Suisse savent ce qu’il faudrait faire. Elles savent qu’il faudrait des lois avec mordant, du financement massif, de l’imputabilité réelle. Au lieu de cela, elles font ce qu’elles ont toujours fait : elles produisent des stratégies, des conclusions, des cadres de coordination. Elles transforment l’urgence éthique en tâche administrative. C’est moins coûteux, électoralement plus sûr, et cela permet aux gouvernements de tenir un discours de gauche face à leurs électeurs de gauche sans rien changer aux structures de pouvoir qui maintiennent les inégalités en place.

Le 2 octobre, les ministres approuveront. Les médias titreront. Trois mois plus tard, on aura oublié. Et dans les écoles, les commissariats, les salles d’attente des employeurs, le racisme continuera tranquillement son travail.