Au cours des six premiers mois de l’année 2026, le Centre d’écoute et observatoire contre le racisme antimusulman de la Fondation DIAC, à Genève, a enregistré deux fois plus de signalements de discriminations envers les musulmans que durant toute l’année 2025. Tous les centres du réseau des centres d’écoute constatent une augmentation des cas d’islamophobie, selon la directrice Meriam Mastour.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’hostilité envers les musulmans et l’islam enregistre la plus forte progression en Suisse, avec 23 % en 2025, contre 17 % en 2024. Cette escalade n’est pas isolée au niveau national. En France, la tendance s’avère tout aussi préoccupante, confirmant un phénomène qui dépasse les frontières romandes.
Le contexte offre une explication partielle. La forte hausse peut s’expliquer en partie par le fait que la permanence de la Fondation DIAC est de mieux en mieux connue des communautés musulmanes. Davantage de victimes osent désormais signaler les violences qu’elles subissent. Mais cette meilleure visibilité du problème ne doit pas masquer une réalité plus profonde : les discriminations se multiplient sur le terrain, dans les espaces publics, au travail, dans les établissements scolaires et sur les réseaux sociaux.
Une Suisse qui se cache la vérité
La Suisse aime se présenter comme un pays de stabilité et de tolérance. Pourtant, l’ampleur de cette épidémie d’islamophobie expose un décalage croissant entre l’image que se donne le pays et la réalité vécue par ses habitants musulmans. Le Centre DIAC est l’un des 23 centres suisses de conseil pour les victimes de racisme qui constituent le réseau créé en 2005 par la Commission fédérale contre le racisme et l’ONG humanrights.ch.
Malgré l’existence de ces structures, leur prolifération indique surtout que la demande dépasse les ressources. Les autorités reconnaissent le problème, mais peu d’actions structurelles le combattent réellement. Les plans antiracisme se succèdent sur le papier tandis que les victimes attendent des mois pour être entendues. Les initiatives locales, comme la Semaine d’actions contre le racisme organisée à Genève, offrent des moments de sensibilisation, mais demeurent insuffisantes face à l’ampleur du phénomène.
Un système qui exclut plutôt qu’il n’intègre
La situation des musulmans révèle une fissure majeure dans le modèle suisse d’intégration. Contrairement aux discours rassurants des gouvernements, le système de signalement met en lumière une crise occultée depuis des années. Cette islamophobie ne s’abat pas aléatoirement sur la population. Elle cible spécifiquement les personnes visibles, celles qui portent des signes religieux, celles dont le nom suggère une origine nord-africaine ou moyen-orientale.
L’année 2026 marque un tournant. Les chiffres ne trompent plus personne : la Suisse fait face à une montée du racisme antimusulman que ni la discrétion institutionnelle ni les déclarations d’intention ne parviendront à contenir. Sans changement substantiel des politiques et des moyens alloués à la protection des minorités, l’enracinement de cette hostilité deviendra structurel, transformant le problème d’une crise conjoncturelle en fracture permanente du lien social.