La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) accueille favorablement le nouveau plan national contre les discriminations anti-LGBTI+ publié en novembre 2026, qui reprend près de 50 de ses recommandations. De quoi se réjouir sur le papier : le plan comprend 74 mesures réparties en cinq axes : prévention et éducation, accompagnement des victimes et sanction des auteurs, égalité des droits, accompagnement tout au long de la vie et déploiement des actions sur l’ensemble du territoire et à l’international. Parmi les avancées, des progrès concernant les droits des personnes trans, l’éducation, la lutte contre la haine en ligne et la prise en compte des territoires ultramarins.
Panser les blessures tout en ignorant les racines
Pourtant, l’adoption de ce plan révèle une contradiction gênante au sein de l’État français. Tandis que le gouvernement se donne une contenance progressiste sur les droits LGBTI+, les discriminations persévèrent dans d’autres domaines que les autorités connaissent parfaitement. Les discriminations à l’encontre des minorités ont persisté et le nombre de crimes de haine est en hausse. Plus précisément, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France pour profilage racial en raison de contrôles d’identité répétés effectués par la police sans justification objective et raisonnable visant un citoyen français noir. Une condamnation internationale : un indice que l’appareil d’État, loin de combattre les discriminations avec cohérence, les perpétue par d’autres canaux.
Ce que révèle cette situation, c’est la nature fragmentée et performative des politiques d’égalité. Elles se construisent en silos : d’un côté, des mesures spectaculaires destinées à satisfaire les mouvements sociaux et la pression internationale ; de l’autre, la continuation tranquille de violences structurelles que l’État refuse de traiter à la racine.
L’inclusion, oui, mais pour qui ?
Les données révèlent un écart de rémunération de 12,8 % entre femmes et hommes en 2025, soit 2 578 euros pour elles contre 2 956 euros pour eux. Ces chiffres brisent l’illusion d’une progression linéaire : pendant que le plan LGBTI+ s’élabore, les femmes, y compris trans, continuent de gagner moins. Les personnes trans racisées, dans les intersections de plusieurs discriminations, n’échappent pas à cette logique. Les femmes migrantes et racisées, les femmes en situation de handicap, les femmes trans et les personnes non binaires sont confrontées à des discriminations spécifiques.
Le plan anti-LGBTI+ représente donc à la fois une victoire symbolique et une limite révélatrice. Il dit au monde que la France reconnaît l’urgence d’une cause ; en réalité, il masque l’absence de stratégie globale contre les inégalités. Combien de temps avant que les policiers cessent leurs contrôles discriminatoires au nom des droits des trans ? Avant que les médecins arrêtent d’ignorer les corps noirs ? Avant que les femmes ne gagnent le même salaire que les hommes ?
L’État préfère l’angle mort à la remise en question. Le plan LGBTI+ existe ; l’austérité qui affame les plus fragiles existe aussi. Voilà le vrai sujet que Paris refuse de traiter.