Les femmes gagnent 684 francs de moins par mois que leurs collègues pour le même travail. C’est le constat qui persiste en Suisse en 2026, malgré des années de réforme législative. La promesse était claire: contraindre les entreprises à agir. La réalité demeure amère.
La loi révisée sur l’égalité entre les femmes et les hommes est entrée en vigueur le 1er juillet 2020. Désormais, les entreprises à partir de 100 salarié·e·s sont tenues d’effectuer une analyse de l’égalité salariale. Une obligation qui ressemblait enfin à une vraie contrainte. Pourtant, six années plus tard, le bilan tourne au fiasco administratif.
Diverses lacunes de la loi rendent l’exercice symbolique. Les syndicats et les associations professionnelles continuent donc à faire pression et exigent que des mesures efficaces soient enfin prises pour que l’égalité salariale devienne une réalité.
Les chiffres attestent l’ampleur du problème. En Suisse, les diverses enquêtes et statistiques montrent qu’actuellement les femmes gagnent en moyenne 16,2% de moins que les hommes et que plus de la moitié de cette différence est due à une discrimination directe liée à leur sexe. Cet écart germe dès les débuts de carrière: la discrimination salariale commence dès la première année de travail.
Le droit formel contre la réalité persistante
La parité entre les sexes est formellement garantie par une loi d’application, qui interdit explicitement toute discrimination fondée sur le genre dans les rapports de travail. «L’homme et la femme ont droit à un salaire égal pour un travail de valeur égale», stipule l’article constitutionnel sur l’égalité.
Mais le fossé entre le texte et son application gère les carrières des femmes. L’application de la loi sur l’égalité laisse à désirer pour différentes raisons: les personnes concernées se retrouvent exposées, un procès peut coûter cher, les tribunaux de première instance reconnaissent trop de motifs aux écarts salariaux. En outre, la discrimination est souvent indirecte et inconsciente, en raison des stéréotypes poussiéreux dont notre culture est empreinte.
Une clause qui tue l’obligation
Parmi les vices architecturaux de la loi de 2020 figure une arme faite pour saborder le contrôle lui-même: la clause de caducité. Cette disposition permet aux analyses salariales de devenir obsolètes sans obligation de renouvellement, vidant l’obligation légale de toute substance.
Le Conseil des États refuse de supprimer la clause de caducité sur l’analyse salariale. Travail.Suisse déplore ce choix qui maintient une lacune clé de la révision 2020.
Pendant ce temps, le fossé des rentes s’élargit. L’écart de rente entre les femmes et les hommes en 2023 s’élevait encore à 31,2%. Des décennies de travail moins bien rémunéré se transforment en pensions de misère.
Le Conseil fédéral préfère compter sur la transparence volontaire via une plateforme. Or, pendant que Berne discute, les femmes continuent de financer le sexisme par leurs salaires manquants.