Pénalité de maternité en Suisse : le Conseil fédéral confirme ce qu’il n’avait pas le courage de dire plus tôt

Société

À la fin août, le Conseil fédéral publiait un rapport mettant en lumière les vrais mécanismes de discrimination salariale qui pénalisent les femmes en Suisse. Parmi les conclusions les plus explosives : la pénalité due à la maternité est bel et bien réelle. Un constat qui arrive fort tard, car le phénomène est documenté depuis des années par les organisations féministes et syndicales. Ce que l’État reconnaît enfin était déjà visible : les femmes qui ont des enfants subissent des baisses de salaire disproportionnées comparé à leurs collègues masculins.

Cette reconnaissance officielle survient alors que les femmes gagnent en moyenne 640 francs de moins par mois que les hommes en raison de leur sexe. Mais ces chiffres globaux cachent une réalité plus sombre encore : la pénalité de maternité représente une part importante de cet écart. Les trajectoires de carrière, les augmentations de salaire, les promotions : tout s’arrête ou ralentit drastiquement dès qu’une femme devient mère. Le marché du travail suisse punît les femmes pour avoir eu des enfants, transformant la maternité en handicap économique permanent.

Une loi sans effet réel

Depuis cinq ans, la loi obligeant les grandes entreprises à analyser les salaires sous l’angle de l’égalité présente d’importantes lacunes. Les obligations légales existent sur le papier, mais leur application reste superficielle. Les entreprises cochent les cases, produisent des rapports, mais peu change vraiment. Les données restent difficilement accessibles en Suisse, contrairement à l’Union européenne, qui a depuis ancré la transparence salariale dans ses directives.

L’Union européenne a imposé à chaque salarié·e un droit à l’information sur les critères objectifs présidant à la fixation et à la progression de son salaire, ainsi que sur le revenu moyen des autres collaborateurs/trices ventilé par sexe. La Suisse traîne derrière, sans imposer ces exigences. La directive européenne impose également d’informer la personne candidate du niveau de rémunération proposé avant un entretien d’embauche. Une telle obligation n’existe pas en Suisse.

Un système qui tient bon malgré les discours

Le rapport du Conseil fédéral est un exercice de rhétorique bien connue : reconnaître les problèmes sans s’engager à les résoudre vraiment. Oui, la pénalité de maternité existe. Oui, l’égalité salariale progresse lentement. Oui, des améliorations sont possibles. Mais concrètement ? Les mécanismes qui maintiennent ces inégalités restent intacts. Les structures de travail qui pénalisent les mères demeurent inchangées. Les employeurs ne sont pas forcés de modifier leurs pratiques d’embauche et de promotion.

Ce qui manque, ce n’est pas une conscience du problème. C’est la volonté politique de le transformer. La Suisse reconnaît « une recrudescence des inégalités » sur son territoire, comme elle l’a admis devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève. Elle admet les faits. Mais elle se refuse à agir avec la radicalité que le moment exige.

La vraie transparence salariale, les pénalités financières pour non-conformité, l’interdiction légale de toute discrimination liée à la maternité, la généralisation des mesures de conciliation travail-famille : ces outils existent ailleurs. La Suisse pourrait les copier demain. Elle ne le fait pas.

Quand le diagnostic cache l’inaction

La publication du rapport du Conseil fédéral en août 2026 a le goût amer d’une victoire de papier. Elle confirme ce que les féministes criaient depuis des années. Elle légitime leurs analyses. Mais elle les prive aussi du levier qu’auraient pu constituer l’ignorance de l’État : désormais, personne ne peut prétendre ne pas savoir. Personne ne peut dire que c’est compliqué ou mystérieux. L’État suisse sait exactement ce qui se passe. Il choisit juste de laisser faire.

Tant que cette connaissance ne se traduit pas en contraintes légales fortes, en inspections régulières, en sanctions réelles pour les entreprises qui discriminent, elle reste un constat sans portée. Un énième rapport dans la pile croissante de papiers suisses attestant que tout va mal, mais que rien ne changera vraiment.