PISA 2026 : l’école suisse creuse les inégalités plutôt que de les combler

Suisse

L’école suisse se croit équitable. Les chiffres du rapport PISA 2026, publiés cette semaine, démontrent le contraire. Les inégalités scolaires s’aggravent : l’origine sociale, la langue parlée à la maison et le statut migratoire pénalisent les résultats des élèves. Le système censé offrir à chacun les mêmes chances reproduit fidèlement les hiérarchies sociales existantes, voire les accentue.

Les chiffres sont implacables. Les différences de points obtenus sur les scores PISA entre les élèves de milieux favorisés et défavorisés sont très importantes. Derrière cette constatation apparemment abstraite, il y a des enfants dont le destin scolaire se joue davantage sur le carnet de chèques de leurs parents que sur leurs capacités réelles. L’illusion de la méritocratie, ce mythe confortable selon lequel le travail seul suffit, s’écroule à la lumière des données.

Un système structurellement biaisé

Ce qui est particulièrement révélateur, c’est que la Suisse perpétue ces inégalités par des mécanismes institutionnels et non par accident. Une sociologue note que « le système n’est pas équitable » puisque « on explique encore beaucoup le niveau de compétences à partir de l’origine sociale ». Les filières éducatives, l’orientation précoce, les attentes différenciées : le système éducatif helvétique ne laisse rien au hasard quand il s’agit de trier les enfants selon leur provenance.

Cette architecture inégalitaire n’est pas nouvelle, mais le rapport PISA 2026 montre qu’elle ne s’améliore pas. Le niveau général baisse et beaucoup d’élèves n’ont pas le niveau minimum, ce qui fait réagir en Suisse, où on appelle à mettre la priorité sur les maths et le français. Face à cette situation, les réponses proposées sont symptomatiques : revenir aux fondamentaux, serrer les boulons pédagogiques. Rien qui ne remette en question les conditions sociales d’accès aux savoirs.

La fuite vers le confortable : les solutions qui ne changent rien

Les autorités cantonales, les syndicats et les acteurs économiques préfèrent chercher des solutions techniques. Les autorités cantonales, les syndicats et les milieux économiques appellent à recentrer l’enseignement sur les compétences jugées fondamentales : lire, écrire et calculer. Comme si la maîtrise du français garantissait à un enfant de familles migrantes précaires de surmonter les barrières institutionnelles.

Cette approche évite soigneusement l’essentiel : pourquoi l’origine sociale pénalise-t-elle les résultats ? Pourquoi le bilinguisme familial précoce devient-il un handicap plutôt qu’un atout ? Ces questions mettent à nu les fondements inégalitaires du système, et c’est sans doute pour cela qu’on préfère parler de méthodes pédagogiques.

La Suisse prospère se rassure en affichant des classements internationaux acceptables. Mais derrière ces performances globales se cachent des écarts abyssaux. Une élève fille d’avocats genevois et un garçon de famille de réfugiés n’ont pas fréquenté la même école, même s’ils vivent dans le même canton. Leurs chances de carrière n’ont jamais été équitables. Le rapport PISA 2026 nous le rappelle : l’école suisse ne corrige pas les inégalités. Elle les ratifie. Et elle le fait institutionnellement, presque gentiment, en parlant de filières et de niveaux de performance.