La Belgique aime ses chiffres rassurantes. L’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes (IEFH) l’a confirmé jeudi : l’écart salarial entre femmes et hommes atteint 6,6% en 2024, légèrement amélioré par rapport aux 7% de 2023. De quoi crier victoire ? Non. Car ces pourcentages sont savamment calculés pour endormir une nation.
Quand les statistiques officielles cachent le désastre
Ces 6,6% représentent l’écart « corrigé de la durée de travail », autrement dit un artefact statistique commode. Aussitôt que l’on refuse cette correction et que l’on observe le monde réel, le tableau s’effondre : sans correction de la durée de travail, l’écart atteint 19%. Et pour le sous-groupe des ouvrières du secteur privé ? L’écart salarial atteint 19,2% avec correction de la durée de travail, ce qui signifie qu’une ouvrière gagne en moyenne près d’un cinquième de moins par heure qu’un ouvrier du secteur privé.
Mais attendez. Si on abandonne les fictions statistiques et qu’on regarde ce que ces femmes gagnent réellement à la fin de l’année ? Sans correction, le fossé atteint 41,3%, voire environ 40% de moins que les ouvriers masculins. Quarante pour cent. Pas une égalité des chances, mais une ségrégation systématique.
Le temps partiel forcé : une chaîne invisible
Les femmes travaillent plus souvent à temps partiel, et cette forte proportion de travailleuses à temps partiel parmi les ouvrières joue un rôle important. Rappelons le : ce n’est jamais un choix libre. Les responsabilités familiales, l’absence de services de garde décents, les pressions sociales qui restent fermement ancrées, la pénalisation discrète mais systématique des femmes qui osent vouloir une carrière : voilà les chaînes invisibles.
L’IEFH affirme que ces différences « appellent des réponses politiques ». C’est un euphémisme. Elles exigent une refonte complète des structures qui perpétuent cette discrimination. Égalité salariale formelle ? La Belgique en parle depuis des décennies. Égalité réelle ? Elle reste une fiction statistique.
ActuWoke l’a dit cent fois : tant que les lois ne s’attaquent qu’aux symptômes visibles de l’inégalité, tant qu’elles refusent de nommer et combattre ses causes systémiques, aucun pourcentage de réduction n’aura de sens. Une ouvrière belge qui gagne 40% de moins par an que ses collègues hommes n’attend pas que le ministre lui parle « d’égalité des chances ». Elle attend des changements concrets : salaires égaux, reconnaissance du travail domestique, services publics de garde, flexibilité réelle sans pénalité salariale.
Tant que ces mesures resteront lettre morte, les rapports annuels de l’IEFH continueront à célébrer des progrès de 0,4 points de pourcentage, pendant que des millions de femmes continueront à gagner significativement moins pour le même travail. C’est cela, la Belgique woke : excellente pour les déclarations, catastrophique pour la réalité.